Rozemaï s'était retrouvée, elle ne savait comment, en dehors de la ville. Elle décida malgré tout de continuer sa route. Elle arriva jusqu'à un grand pré à l'herbe jaunie et parfois carbonisée, comme s'il y avait eu un incendie ou une période de grande sécheresse. Le ciel était voilé et le soleil caché par de gros nuages noirs. Le fond de l'air était froid, et une rafale de vent la fit frissonner. Ce n'était pas un endroit habitable, mais elle aperçut une maison au loin.
Elle se dirigea vers celle-ci et c'est seulement en arrivant près d'elle qu'elle remarqua que celle-ci était en ruine. La porte était sortie de ses gonds, laissant un trou noir béant pour entrée. Les rares carreaux qui avaient résisté étaient sales et il était impossible de voir à travers.
Elle ne sut pas ce qui la poussa à franchir les quelques pas qui la séparaient de l'entrée, mais le fait est qu'elle entra dans la masure abandonnée. L'intérieur était encore pire que l'extérieur. Les rares meubles de bois étaient fracassés ou pourris, et la poussière avait tout recouvert. Lorsqu'elle entra dans une pièce attenante, Rozemaï marcha sur un objet qui fit un bruit sec en se brisant. Elle se baissa pour l'observer et se rendit compte qu'il s'agissait d'ossements. Enfin, de quelques os épars. Rien ne prouvait que c'étaient des ossement d'humain. Elle se redressa et parcourut la pièce du regard: elle était vide.
*C'est sinistre. Mais c'est l'endroit idéal pour ouvrir une "brèche"*
Elle se concentra et dessina un cercle dans l'air. L'instant d'après, une brèche ouvrant sur son monde s'ouvrit. Elle y pénétra et se retrouva dans son manoir. C'était très haut de plafond, le sol était du parquet de bois clair. De grandes fenêtres laissaient une vue sur un magnifique jardin rempli de rosiers et des flots de lumière se déversaient dans la pièce où elle était arrivée.
Elle se détendit quelque peu et s'assit sur une chaise à haut dossier, près d'une table ou reposait une théière et une tasse. Elle se versa du thé anglais, de couleur ambrée et regarda par la fenêtre ouverte. Un vent printanier à l'odeur de rose souffla dans la pièce et des pétales se déposèrent sur les meubles. Elle but une gorgée de thé, posa sa tasse et, posant la tête sur le dossier, soupira légèrement. Elle avait besoin de décompresser sans permettre à ses dernier souvenirs de remonter à la surface.
Au bout de quelques instants, elle se leva et se dirigea vers le piano à queue dans un coin de la pièce. Elle s'assit au tabouret, rejeta ses longs cheveux blonds attachés en couettes en arrière, les laissant retomber jusqu'au sol où les boucles s'étalèrent. Elle promena ses doigts sur les touches et ferma ses yeux bleus, cherchant l'inspiration. Ses doigts se mirent mouvement et une mélodie douce envahit la pièce...
Elle était tellement absorbée par la musique qu'elle n'entendit pas quelqu'un faire son entrée dans la pièce.
La mélodie au piano